jeudi 7 mai 2009

MASS HYSTERIA / EVANESCENCE. ZENITH LILLE. 30/05/07



Incompréhension.
Mass Hysteria ouvre pour Evanescence. Deux styles radicalement différents. Deux approches distinctes de la musique. Ce soir, les Mass réitère le tour de force d’un Bercy 2000 heureux. Après le public de KORN, c’est à celui d’ Amy Lee Evanescence de se faire atomiser sous la Furia.
Contraddiction lance le bal. Déjà, dans la fosse, les premiers frissons se font sentir. Les kids se laissent aller et quittent l’univers noir de leur groupe fétiche. Positif à bloc, Mouss se met la fosse en poche avec classe et culot. Le set est retravaillé, l’artillerie lourde est de sortie. Imparable.
Véritable phénomène de live, le groupe électrise le Zenith. Babylone et son break façon Gojira étonne et emballe les jeunes au rimmel dégoulinant. Une somme de détails aux allures de Zion presque palpable. Du bonheur en barre pour la jeunesse. Les quarante cinq minutes défilent trop vite, mais l’espoir fou de les revoir est permis. Fin 2007, Mass sera sur les planches du Splendid et inoculera une nouvelle dose de bien être et de paix.


L’enthousiasme retombe bien vite. Une musique grandiloquente fait trembler le rideau, derrière lequel Evanescence –ou ce qu’il en reste- se tient prêt. La porte vers un autre univers musical s’ouvre. (THE OPEN DOOR, dernier album en date) La chanteuse rescapée d’un groupe qui se perd, Amy, court vers les fidèles hystériques. Ses petits poings battent poliment la mesure. Montée sur piles usagées, c’est avec une énergie mollassonne qu’elle va assurer le minimum syndical. Une heure dix minutes sur une scène désespérément vide ou beaucoup trop grande pour elle. C’est dans la douleur qu’elle arrive par instant à emplir l’espace par son charisme relatif. Affublée d’un truc en plumes emprunté à Zizi Jeanmaire, ce petit bout de femme fait parfois peine à voir. Les notes les plus hautes ne sont que très rarement atteintes. Petite forme ?
Les musiciens intérimaires jouent bien. Dame Lee sourit, Dame Lee est triste. Tout est calibré, millimétré. Un concert sur mesure et l’addition, svp ! Pas de surprise. Ce live, c’est un peu le voyage de Marie Rose au pays des goths. Parfois, surnagent quelques beaux moments : Going Under, Tourniquet, Haunted, Cloud Nine ou Call Me When You’re Sober et son dynamisme certain. Rien de transcendant, cela dit. Juste au dessus du lot, mais bien meilleurs que les tunnels interminables de pathos au piano. Car Amy Lee, c’est un peu le Charly formidable Oleg du metal sans le sourire. Du coup, on rigole moins, et on patiente que tourne le manège de ses sentiments contradictoires. « We have a lot of fun tonight » nous lance t’elle, souriante, avant de se lancer dans une comptine écrite sous la potence. Un peu de logique et de folie dans la mise en scène feraient elles défaut à ce spectacle pour adolescents?
Car oui, dans les yeux du jeune public, ce live devait être très bon. Amy est mignonne, elle chante trop bien. Ses fringues, mortels… D’autres considérations tout de même : le plaisir de voir son idole, une bonne ambiance, un son jamais agressif, l’alcool qui coule à flot, l’émancipation, le premier concert sans les parents… Etrangement, le spectacle est davantage en salle que sur scène. Presque touché de voir cette jeunesse unie, souriante –ou pas-, ailleurs qu’autour de slogans fédérateurs nazillards. Juste pour cela : merci Evanescence. Pour le reste, trop vieux s’abstenir.

Noesis.

LES FATALS PICARDS. 06 Avril 2007. Hénin Beaumont.



Voir Les Fatals Picards en concert, c’est un peu faire fi de toutes les conventions scéniques. C’est aussi se dire qu’on va passer une soirée de franche rigolade. Parce que les fatals y sont rigolos. Mais comme tous les bons clowns, les amuseurs cachent toujours un pathos déchirant. Les textes pour de rire sont toujours ancrés dans une réalité déprimante. Aussi, les voir sur une scène du Pas de Calais, terre de gauche grisonnante, cela promet un clash détonnant. Henin Beaumont et son patapouf de vigile m’accueillent sans les honneurs. Suite à une discussion musclée et des répliques méchantes pour du beurre, L’Escapade ouvre ses portes. Une petite salle chaleureuse qui promet un live surchauffé. Ce soir, les Fatals jouent à guichet fermé. Le public révise ses classiques dans la file d’attente. Chasse pêche et biture résonne dans tous les coins de la rue. On fait dans le discret par chez nous.
En première partie, Les Kanards Lakés tentent de chauffer les gens avec des répliques pas amusantes et des accessoires cocasses. Le pistolet à eau, tout de même, quelle bonne poilade pour la petite Justine, quatre ans. Le reste des copains esquissent quelques sourires gênés.

Enfin, les méga stars déboulent. Show à l’américaine, prises de positions musclées, lasers à tout va, du charisme et du talent. Les Fatals, c’est tout ça à la fois, avec du plus en plus. Dès les premières notes, la fosse est en liesse. De toutes façons, tout le monde est debout. Y’a pas de sièges à Henin. Le PC n’a plus d’électeurs, alors des sous… Pensez-vous !
Bref, pas de politique en musique. Quoique Les Fatals y sont sympas, y sont de gauche. Vallait mieux en venant à Henin, ceux de droite on leur fait manger des kebabs pas frais avant de les lyncher sur la place publique avec le vigile. Et il est costo, Haribo.

Les titres s’enchaînent et l’ambiance monte crescendo –mot compte triple-. Le dernier album PAMPLEMOUSSE MECANIQUE prend une toute autre dimension en Live. Moi je vis chez Amélie troue le canal St Martin. Djembé Man appelle au meurtre de ces terroristes. La Française des jeux est toujours aussi tristement réjouissante. Les pogos sont légion pas étrangère et ça saute de partout. Les titres plus anciens ajoutent au bordel ambiant, Goldorak est mort fulguropoigne ceux qui en ont encore sous le pied ou dans le slip. Mais rien ne laissait présager de la secousse sismique lors du lancement de Chasse, pêche et biture.
Hénin peut être fière, elle a une sacrée bande de jeunes qui savent mettre l’ambiance avant de retourner au tuning store.
On est comme ça chez nous. Entiers. On se donne sans compter. Les Fatals aussi. On a hâte de les recroiser sur les routes. Mais faîtes gaffe, ils ne laissent jamais la priorité à droite.

Noesis.

Gogol Bordello: super taranta!



Gogol Bordello. Avec un nom pareil, on pouvait s’attendre au pire. L’artwork n’aidait pas non plus l’auditeur potentiel à se lancer tête baissée dans le joyeux bordel de ce groupe ravagé du bulbe.
Et pourtant ! Grave erreur que celle de ne pas s’attarder sur ce Super Taranta déjà culte. De mémoire, jamais autant de cultures musicales n’avaient été mélangées avec autant de brio. Le vieux folk irlandais côtoie la lointaine Pologne. Bande originale improbable d’un film d’Emir Kusturica, l’accordéon cède bien vite la place à des rythmes syncopés. Souvent proches du festif Come On Eileen (Dexys Midnight Runners), les Gogol Bordello vont vous retourner les sens et le dance floor va s’écrouler sous les coups de butoir des violons gypsys.
Melting-pot couillu et maîtrisé de bout en bout, leur fusion est une invitation au brassage des cultures. Une connexion tribale (Tribal Connection) qui ose le décalage atypique dans un paysage musical morose.
Savant mélange entre Manu Chao et System of a Down comme l’indique la bio, véritable vent de folie et de fraîcheur, Super Taranta est la grosse surprise du moment. Suddendly ose même une accroche disco funk sur les premières attaques de guitare avant que des violons ne se fassent malmenés par une approche beaucoup plus metal du morceau. Alcohol calme la furie expérimentale. Le whisky s’inocule dans les veines, le mal de mer est plapable.
Alors quoi ? Un album qui donne le tourni à déguster autour d’une bonne pinte ?
Oui, mais pas que.

Noesis.

GOOGOOBLOWN.



Perrault & Cie


« Fiston, va voir comme se porte ta mère-grand, car on m’a dit qu’elle était malade. »
Le Petit Homme partit aussitôt pour aller chez mamie, qui demeurait dans un autre village.
En passant dans un bois il rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de le manger ; mais il n’osa pas, la faute à quelques sombres accords de musique qui le stoppèrent dans son élan.
Au loin, il cria :
« Mais qu’est ce donc que ces cordes qui retentissent dessous ton casque ? Quelle est donc cette magie noire qui me rend tout chose ? ».
« Ca, c’est Googooblown, une œuvre complexe dont les animaux de ton genre ne peuvent saisir toute l’intensité. », lui répondit hardiment le jeune bipède.
« Que nenni » rétorqua maître loup qui tapaient de la patte à l’écoute de ces drôles de sons entrelacés. « Fin mélomane, je sais reconnaître la grande musique, mes longues oreilles aidant ! »
Et le canidé avait bien raison. Ce Devilish Fantaziah qu’écoutait le chérubin était de ces créations qui interpellent. Bien plus que de la Pop Rock, le groupe délivre une poésie sombre et torturée. Grandiloquent, leur style en impose.
Rusé, notre acolyte aux dents aiguisées, tendit la patte.
« Sers m’en une. Je ne te croquerai pas. »
Le garçonnet ne se méfia pas. Tout encore absorbé par cet univers tordu, que même Danny Elfman –un drôle de compositeur- ne renierait pas.
Grave bêtise. Le loup, déjà accro serra les crocs, autour du baladeur du pauvre enfant, et prit la poudre d’escampette, Devilish Fantaziah, au creux des dents.
« Reviens ici, vilain animal » hurla le marmot ballot. Mais il était trop tard, l’insolent coquin était déjà bien loin. Dans une forêt presque aussi sombre que le petit théâtre des horreurs de Googooblown.
Depuis ce jour, il n’est pas rare, la nuit tombée, de voir les arbres s’agiter, autour d’un loup habité, valsant avec le diable au clair de lune.
Moralité.
Gardez cet album bien près de vous.
Les copains vont le voler.
A n’en point douter.


Librement adapté du conte de Charles Perrault, Le Petit Chaperon Rouge.

Noesis.

GRAND CORPS MALADE, SEBASTOPOL, 20 Octobre 2008.



« A Lille, y’a pas la crise. » Comte de Bouderbala, Octobre 2008.
Décidemment très drôle, Sami, artiste de stand up, assure une première partie détonante et s’attire les faveurs d’un public conquis avant que Grand Corps Malade ne monte sur scène.

« Et le silence s’estompe quand la percu démarre ». Une longue intro musicale n’est « que le début de l’histoire ». Fabien revient sur ses premières soirées slam dans les bars sur J’écris à l’oral. Le chemin parcouru est vertigineux. Le Sébastopol est ce soir le théâtre d’échanges savoureux. Le collectif Lillois On A Slamé Sur La Lune répond à l’invitation de Grand Corps Malade et tisse quelques textes encore hésitants devant le ténor de la rime. La communication entre l’artiste et les spectateurs est authentique. De nouveaux univers sont explorés sur chaque titre et l’on passe d’un appartement crasseux de célibataire aux mélancoliques et lumineuses Quatre Saisons. Difficile de ne pas se sentir concerné par tous ces beaux voyages. Humour, émotion, le verbe se conjugue avec brio. Le cœur bat au rythme de la rime. Une farandole de sentiments qui s’étire deux heures durant. Album photos de notre monde, le concert de ce soir gifle l’esprit. Ici, deux amoureux s’embrassent sur Les Voyages En Train. Là, un gaillard chambre gentiment l’enfant de la ville.
Du côté chance en rappel, pose un joli bilan devant une assistance debout, pleine d’affection. Nul doute qu’en Live avec Grand Corps, ça peut chémar.

Noesis.

GRYMT



Richter, force 4.

Une cinglante dérouillée, une tempête sismique qui délabre le salon, le Dark One de Grymt, c’est un peu Richter qui s’invite sur la platine.
Les dix titres façon grind secouent l’auditeur, sans jamais le balader en territoire inconnu. Pas de grosse prise de risque, si ce n’est le fait de mettre Etienne Sarthou–Aqme- derrière les fûts. Sacrilège pour les fondus du bulot genre. Compositions, prod, artwork, thèmes abordés, restent dans les classiques lignes du grind. Rien de véritablement neuf sous le soleil de Satan donc, mais l’ensemble est suffisamment intense pour que l’on se remesure à la bête après plusieurs écoutes.
La voix n’est pas qu’ultra violence. Elle sait varier les déplaisirs, tout comme la structure des morceaux, pas forcément plombés dans le même schéma brutal.
Les 27 minutes bien tassées en laisseront plus d’un sur le carreau, des érudits pas contents jusqu’aux novices conquis. Mais ce serait péché que de ne pas se laisser aller au defecate and fuck avec Grymt. Satisfaction des sens à l’appui.

Noesis.

GUERILLA POUBELLE, LES VILAINS CLOWNS, LEPTIK FICUS, BLURP ! , RADIO BISTROT En Concert Et Rock’n’Roll Circus Show



Doit-on tout pardonner au mouvement punk ? Sous prétexte d’une révolte contre un ordre établi, est-il normal de délivrer au public un matériel aussi crapuleux ? Skalopard’s Prod’z a la réponse : oui, tant que cela se vend !
Comment s’attarder sur pareille escroquerie sans user du verbe fort ? Deux DVDs, deux CDs au son indigeste qui sature à tout va. Rien ne se dégage de ces brouillons de travail. En prise directe, la captation est exécrable. Pire, les enceintes ne crachent qu’un vrombissement assourdissant. Les couleurs bavent, les menus sont illisibles (quand ils ne buggent pas), et la folle ambiance du live fait peine à voir. Malgré l’avertissement sur le peu de moyens octroyés à la réalisation de pareil fourbi, on ne peut que s’étonner face à l’effroyable résultat. Aucun des groupes présents ne s’en sort avec les honneurs. Entre authenticité et imposture, la limite est parfois palpable. A fuir comme une bouteille de Jack avariée.

Noesis.

HERMAN DUNE. Splendid. Lille. Le 17/10/07.



« and your love is like a diamond… »
FLP rappelle Herman Düne à nos bons souvenirs. Giant, dernier album en date est sorti il y a un an. Pourtant le plaisir de l’écoute reste intact. Ce soir, Le Splendid va assister à une performance unique, un voyage musical intemporel. Bien loin des clichés du concert habituel, le groupe délivre un set où le partage est de tous les instants. Son anti folk se ballade au gré des envies, pas de réelle set list. Ambiance décontractée où la générosité semble être le maître mot. Les titres s’enchaînent, s’étirent pour de véritables émotions. Percussions et cuivres donnent le tournis. Good for Noone plonge l’assistance dans le tourment, le travail sur le son est exemplaire, la batterie se fait lourde, angoissante.
I wish I could see you soon se balance sur une douce vague qui emporte tout. Porté par un flot ininterrompu de voix envoûtantes et de musiques enchanteresses, le public se laisse séduire. Le son cristallin participe à cette belle communion. Les deux frères délivrent là une performance toute en douceur, cotonneuse. Les yeux sont clos, la foule se meut dans une intimité déconcertante. Take me back to New York City se promène en tête bien après que les lumières se rallument. Le public se sent pousser des ailes. Délicieuse chaleur vaporeuse. Tous les sens sont aux abois. David jappera même un titre durant pour un petit bonhomme de six ans, qui le rejoindra sur scène. Sourires de connivence, Splendide grande famille réunie dans cette salle. Tous se reconnaissent dans cette musique chaleureuse.
Rarement, ivresse n’a été si agréable.

Noesis.

HUMA 2007 (deuxième partie)



Deuxième jour. Le soleil brille davantage, la programmation est affolante. Le camping se réveille difficilement, des cadavres de bouteilles jonchent le sol, d’autres dépouilles plus humaines balbutient quelques grognements. Qu’importe les odeurs insurmontables qui envahissent les lieux communs… Le coin presse, c’est tout de même une bien belle invention !
Les accès au site sont aujourd’hui saturés. Impossible de circuler normalement. Les alentours de La Courneuve sont bloqués. La rançon du succès. (De la gauche ?) On aurait aimé vous mettre KO avec un live report de Mademoiselle K, mais les forces de l’ordre ne voulaient rien entendre. Pas de facilité d’accès au site. On repassera pour les passes droits de la presse ! Mince alors.
Origines contrôlées mettent les lèves tôt (16 heures tout de même…) à genoux. Un concert d’une efficacité redoutable. Le public danse et porte le groupe dans une communion de chaque instant. Adieu la France, bonjour l’Algérie. Quel plaisir de voir cette musique s’élever devant un public aussi réceptif. Idir, une référence et réelle inspiration, montera sur scène sous une salve d’applaudissement. Belle image d’un pays uni.

Luke ne calme pas l’assistance. Les premiers rangs se souviendront longtemps de ce set incisif. La fosse se meut –meuh- sous un nuage de poussière qui donne au site une atmosphère de bataille rangée. Hasta Siempre ouvre les hostilités. Jamais la tension ne faiblira. La puissance de frappe du groupe impressionne. La sécurité aura fort à faire, les évanouissements se multiplient. Les pogos font rage. Des lances à eau sont mises à contribution pour rafraîchir une fosse compacte. Les titres du nouvel album (Les enfants de Saturne) passent haut la main l’épreuve du live. Soledad ajoute encore à la folie ambiante : « allez crie, juste pour voir », hurle Thomas. La Sentinelle fait mordre la poussière aux plus courageux. L’air devient vite irrespirable. Le titre revisité s’aménage des espaces de liberté pour mieux surprendre lors de sournoises accélérations de rythme. Les forts à propos Paradis Rouges mettent un terme à ce premier concert de Luke sur La Grande Scène de l’Huma. Gageons que cela ne sera pas le dernier.

Ayo, vient apaiser les esprits et déposer quelques nappes doucereuses avant le choc Razorlight. Le temps de redécouvrir les multiples attractions que propose le site : expositions, débats, théâtre… Quelques manèges à sensations accueillent même les courageux qui veulent rendre leur kebab ou leur plateau de fruits de mer… Tout dépend des finances.

Difficile de traverser les allées pour rejoindre La Grande Scène. Razorlight et Iggy Pop font le plein ce soir. Une marée humaine salue l’arrivée des britanniques. Rien comparé à l’ovation réservée à Johnny Borrell, le chanteur. Toujours aussi charismatique, il lance In the Morning avec rage. Le public rejoue Waterloo dans la fosse. De nouveau les Anglais nous en mettent plein la vue. Mais le phénomène à observer reste ce petit diable aux yeux bleus qui charment son public comme personne. Toutes les techniques sont bonnes pour envoûter, même les plus roublardes. Susurrer en français le classique Je suis venu te dire que je m’en vais n’est pas une méthode, monsieur ! Croiser le regard du malin dans de telles conditions, c’est succomber à ses attraits. Véritable transe chamanique, ce set de Razorlight restera dans les mémoires. Somewhere else, son clavier enivrant et sa batterie galopante est une véritable fuite vers un ailleurs.

Ailleurs, où le célèbre « sex, drugs and rock’n roll » prend tout son sens. Philippe Manœuvre en personne, introduit le groupe à suivre. Iggy Pop and the –« fuckin’ »- Stooges s’apprêtent à renverser la fosse. Le concert retransmis en direct sur France Inter est une tuerie de tous les instants. Impossible de retranscrire les réactions des fans, estomaqués. Iggy, la légende, torse nu, est heureux sur les planches, s’amuse avec les photographes, dévaste la scène, et descend auprès des fidèles. Une heure et quelque de réelle sincérité, d’abandon véritable. Un pur moment de plaisir partagé. Loose ouvre le show dans une atmosphère électrique, le public en panique ne contrôle déjà plus rien. Les mouvements de foule feraient presque peur. La sécurité est dépassée. De toutes parts, les corps tombent ; les cris font peine à entendre, d’autres malheureux vomissent avant d’être évacués. La guerre se joue derrière les photographes. Dès le quatrième morceau (TV Eye), Iggy descend en fosse alors que les journalistes ne sont pas encore sortis. La bataille est rude. Sueur et combat aux corps. Dieu que le rock est bon !
Libérateur de toutes les folies, Iggy en veut plus : « Alright you motherfuckers ! ». Sur le grand écran, le conflit fait rage. Les images affolent, angoissent. Comment tout cela va-t-il finir ? Sur scène, l’incendie ne s’éteint pas. Real Cool Time est le moment que choisit le maître de cérémonie pour faire monter la température d’un cran. Les fans sont appelés à monter auprès de lui et à partager le micro. Diable, ce concert nous rendra tous fous ! Sourires et pleurs, joie et douleurs physiques se lisent sur les visages des premiers rangs. Les Stooges sont toujours aussi mal élevés et bruyants. Crade et sexy, Iggy baise avec les enceintes, se mouille le corps et fait le chien libidineux devant des jeunes filles peu farouches. I wanna be your dog est reprise pour la seconde fois avant de laisser La Courneuve trempée de désir. L’étreinte fut bestiale. Le retour à la maison sera long et difficile. Un peu de mal à s’asseoir après pareille union…

Noesis.

HUMA 2007 (Première partie)



D’un rassemblement des forces de gauche, La Fête de l’Humanité est devenue, bien malgré elle, un immense festival musical où les grosses pointures se succèdent à un rythme infernal. Cette année, Razorlight et Iggy Pop font le déplacement à La Courneuve, Luke et Les Fatals Picards font face aux rouleaux compresseurs. Les belles Olivia Ruiz et Ayo apportent une jolie touche sucrée, tandis que Johnny Clegg et Origines Contrôlées nous proposent un voyage haut en couleurs. Le soleil brille, les filles sont jolies, les spécialités culinaires régionales et mondiales ravissent les sens. Le séjour sera synonyme de plaisir.
Rarement le terme fête aura été honoré avec pareille ferveur. Trois jours à arpenter les allées d’un gigantesque site dans une ambiance bon enfant. Ci et là, des guinguettes improvisées et des dance floor endiablés. Toutes générations confondues, autour d’une idée de la gauche unie.
80000 personnes sont annoncées devant La Grande Scène. Vif succès. Faut pas baisser les bras, Johnny Clegg motive les troupes avec un titre qui mêle anglais, zoulou et français. L’enchaînement avec Scatterlings of Africa est un ravissement, sous une chaleur estivale. Les chaudes couleurs sur scène accompagnent cette musique du monde qui prône la tolérance. La bataille de danses zoulous et urbaines va dans ce sens. « Vive la France, Vive l’Afrique ! », un cri du cœur qui introduit le touchant Asimbonanga, qui s’écoute dans un quasi recueillement.

Grand Corps Malade séduit toujours autant. Les textes émeuvent ou font sourire. Son slam se ballade, insidieux, dans nos esprits, ouverts, réceptifs. Les rimes claquent, les thèmes frappent par leur diversité. Fabien raconte la vie, la fait vibrer. Le public est conquis par la sincérité du propos, la verve du verbe.
Au loin, sur la scène du Zebrock (comptez quinze minutes de marche !), Clarika enflamme un joli parterre d’accro à une musique un peu plus saturée. Son sens du spectacle fait mouche. Les anecdotes sur son idylle farfelue avec Robbie Williams (« He’s a good coup ») égaient un set carré qui ne peut faire l’impasse sur les vestiaires des garçons. Autodérision, danses improbables, communication efficace font de ce concert, une véritable surprise avant la déroute des Fatals Picards…
De mémoire de Picards, jamais ils n’avaient eu un son aussi lamentable. Les titres s’enchaînent dans une indifférence qui fait peine à voir. Difficile d’entrer dans leur réalité absurde, tant les paroles et instruments ne se distinguent guère. « On n’entend rien, on n’entend rien ! » protestent les Djembé Men et autres Amélie Poulain, qui font grise mine. La grosse déception.
Il valait mieux retourner sur La Grande Scène pour apprécier la classieuse et séduisante Olivia Ruiz qui mettait un terme à sa tournée de la femme chocolat, dans une ambiance surchauffée. De fait, le cacao se déguste avec délice. Christian Olivier des Têtes Raides croque la tablette avec envie sur le titre Non mais dis donc. Gourmands, les fans sont venus en masse, et se régalent devant ce spectacle maîtrisé de bout à bouche.
Il est déjà temps de prendre congés, la journée de huit heures est largement dépassée. François Hollande, présent sur les débats du lendemain, en appellerait à la grève pour moins que ça…

Noesis.