jeudi 7 mai 2009

DAVID VINCENT ET SES MUTANTS: Tu t’es vu quand tu mutes ?!



Un double album pour une double ration de bonne humeur. David Vincent –ex amis d’ta femme-, caustique et drôle sait aussi se la jouer sérieux sur des textes touchants ( Les bigottes et le clodo). Après les belles chansons, d’autres un peu plus nazes comme se plaît à le préciser l’artiste. Réjouissant, parfois à la limite de la chanson à boire franchouillarde (Marée Basse), ce live se déguste entre vieux potes. Ne se prenant jamais au sérieux, se vautrant même parfois dans l’interprétation, la jolie petite bande Swing-Punk apporte un véritable vent de fraîcheur ancré à gauche. Pustule l’ardéchois s’invitera même à la chasse aux cons. Car la bête est parfois difficile à débusquer. Tapi dans l’obscurité des couloirs du MEDEF, le con bat des records. Tu t’es vu quand tu mutes, ovni alternatif et libertaire au vitriol, nous l’atteste une nouvelle fois : la vérité est bien ailleurs. Peut-être sur scène ? On ne sait pas si David Vincent les a vus, mais nous, on attend de le croiser avec impatience sur les routes!

Noesis.

DEMAGO : L’hôpital



Bienvenue dans notre maison de santé.
Demago met l’humain à nu, et opère à cœur ouvert. Le scalpel est tranchant, les textes incisifs. L’hôpital accueille tous les maux de notre société. Les patients s’agglutinent, et errent dans les couloirs, à la recherche de réponses. Mais l’établissement écorche les plaies, plus qu’il ne les soigne. Les noirs désirs de l’auditeur remontent à la surface dans un fracas de guitare. Le traitement est des plus violents, les analyses du Professeur Maün sont sans concession : « Le patient est maniaco dépressif » (Hey Doc).
D’autres médications à base de slam, ou de nouvelles médecines parallèles usant de l’humour (Le Mégalo), sont préconisées pour faire passer la pilule. Plus difficile à avaler néanmoins, est celle de la chanson d’amour (100 000 mots), un peu trop sirupeuse. Bizarrement, le malade ne réagit plus et semble tomber dans un profond coma. Heureusement les électro chocs du phrasé assassin de Mes Mains le réaniment.
A présent, Respirez, on trouvera bien –ou pas- qui doit payer votre admission dans nos services avant l’asphyxie.

Noesis.

DIONYSOS : la mécanique du cœur.



Une vieille horloge, un vieux coucou déglingué. L’univers patraque se met en branle. Difficile de ne pas penser à Tim Burton et Danny Elfman. Voila qui est dit, nous n’y reviendrons plus.
La mécanique du cœur est bien huilée. Les personnages prennent vie et viennent hanter nos rêves les plus fous. Imaginez le casting : Olivia Ruiz, Jean Rochefort, Grand Corps Malade, Alain Bashung, Arthur H, etc. Ces fortes personnalités dévorent et marquent de leurs ombres cette œuvre atypique. Le long métrage s’anime en cinémascope noir et blanc ou sépia. Place au rêve et à l’imagination reine.
Le jeune Giant Jack naît en l’année 1874, le jour le plus froid du monde. Si glacé que son cœur en reste gelé. Madeleine, la sorcière, remplace alors le défectueux organe par une horloge. Tic Tac Tic Tac.
Tel un métronome, ce nouvel album de Dionysos n’échappe pas à l’incessante même mécanique. Les effets, gimmicks ou autres clins d’oeils (Ennio Morricone en tête) ne sont malheureusement pas que soulignés. Jack et son nouvel appendice au ventre ne peuvent supporter les émotions fortes. L’auditeur, lui, aurait aimé en ressentir davantage. Formidable sur le papier, le concept s’essouffle sur la partition et l’ennui pointe parfois.
Pourtant des titres marquent. Le Jour Le Plus Froid Du Monde, avec Emilie Loizeau intrigue, angoisse même. Difficile d’embrayer après pareille ouverture. Le brassage des styles (hip hop, rock, slam) n’est pas toujours heureux, même s’il est au service d’une histoire fascinante. Olivia Ruiz tire bien entendu son épingle du jeu, et sa douce voix s’accorde à merveille avec Mathias Malzieu, l’élu de son cœur.
Gageons que ce nouvel opus à ambiances délivrera, sans nul doute, toute sa charge émotionnelle sur scène, et on l’espère autant que le leader de Dinoysos, sur pellicule 35mm. En l’état, on préfèrera se tourner vers l’univers semblable, et davantage maîtrisé de Googooblown, le bonhomme.

Noesis.

DIVINE HERESY: Bleed The Fifth



Un artwork sobre et froid qui tranche avec des compositions éclatées et sulfureuses. Dix titres qui sentent bon le bitume. Bleed The Fifth est de ces albums qui en ont sous le capot. Le bolide file à plein régime sur des routes balisées. Territoire ennemi connu pour les aficionados : Dino Cazares (ex Fear Factory) assure les parties de basse et de guitare. Tommy Vent, « petit » nouveau, interpelle par la qualité de son chant. Aussi à l’aise en voix claire que gutturale, il est le véritable moteur du groupe. La batterie assurée par Tim Yeung (Hate Eternal) n’est pas en reste. Elle ferait presque plier la tôle, tant les doubles pédales secouent ce monstre de puissance. L’auditeur se sent pris aux pièges de cette mécanique ultra huilée. Les accalmies et autres incursions aériennes sont autant d’aires de repos aménagées sur une route à grande vitesse. Les audacieux et angoissants breaks de This Threat Is Real scieront les jambes des pilotes les plus aguerris.
A contre sens d’une production metal qui cherche à en mettre plein les yeux, DIVINE HERESY va à l’essentiel. Maîtrise et savoir faire. Un album qui véhicule une force de frappe redoutable, promis à de jolies embardées de platanes.

Noesis.

DRY CAN :something like that…



Something like Pearl Jam or something like Soundgarden.
Dry Can a d’illustres prédécesseurs. Difficile d’exister sans souffrir de la comparaison. Pourtant, dès les premières notes de Wherever I Stand, l’univers est en place. Dense et formidablement attractif. Le duo de voix emporte l’auditeur dans des territoires musicaux qu’il avait cru bon d’enterrer. La scène de Seattle des années 90. L’intitulé fait encore rêver. On se fait plaisir sur huit titres, on se dit qu’on a vieillit, mais que cette musique est fichtrement intemporelle.
Dry Can réussit le tour de force de la remettre au goût du jour en y insufflant une bonne dose de rock progressif, et même parfois d’une improbable fusion qui s’imbrique sans sourciller. Imaginez un peu une structure alambiquée façon TOOL avec des gimmick sauce Red Hot. L’idée à de quoi séduire.
Originalité donc. Mais également audace. Des titres tels que Leader ou Wild surprennent. Les hurlements d'Antoine Abinun ne sont pas sans rappeler les éclats de voix de Bert McCracken (The Used). Anne Bebann n’est pas en reste et élève le titre Ring au rang de pièce maîtresse.

L’album semble hanté par le spectre des plus grands. Mais les multiples influences sont digérées et recrachées avec une insolente nonchalance. Les riffs sont accrocheurs, les parties de chant mettent à genoux… (Leader, encore pour ces hallucinantes accélérations : Chino Moreno sort de ce corps !) La fougue s’éclipse tantôt pour des accords plus doux (October 19th et Unreal) qui ne font pas retomber la tension. Au contraire, ils tirent encore davantage sur la corde raide. L’émotion est toujours en ligne de mire.
Something like that, something like what ?
Et puis après tout, pourquoi ne pas le renommer cet album ?
There’s Nothing like Dry Can !

Noesis.

DUMAS : Fixer le temps.



Il aura fallu plus d’un an pour que ce nouvel album de DUMAS arrive en France. Fixer le temps, sorti en Novembre 2006 au Québec débarque timidement en France.
Enregistré live en analogique, l’opus surprend par la chaleur du son. Nulle place à l’esbroufe, les titres trouvent leur essence dans la pop anglo-saxonne. L’auditeur à la dérive, s’habitue bien vite à des ambiances cotonneuses (Fixer le ciel, forcément aérien) que viennent évaporer des compositions plus péchues (Au gré des saisons).
Jamais agressive, la pop rock de l’artiste séduit par son côté sans filet, proche du live. Douze titres qui embarquent dans de délicieux rêves. Sur tes lèvres ressuscitent les douces mélodies des Beatles. Les lignes de guitare rappellent même parfois un certain The Edge (U2).
Poste restante et son final enlevé transporte. Difficile de s’arracher à l’univers dessiné, les voix s’assemblent et se conjuguent. La nébuleuse, cet objet céleste sur lequel nous fait errer Dumas, a le sens de la mélodie. Des poussières d’étoiles. Imparable.

Noesis.

DURAN DURAN : Red Carpet Massacre



Difficile d’imaginer que Duran Duran, référence new wave, se laisserait séduire par le grand manitou pop Timbaland… Le producteur à la mode semble faire table rase du glorieux passé des anglais et impose la toute puissance de ses beats. Il y a de quoi crier au scandale.
Pourtant, le bougre réussit un nouveau tour de force. Rythmes enivrants, production chaude, l’album est une réussite, si tant est qu’on ose s’y aventurer avec une oreille avertie.

Oublié le rock, Red Carpet Massacre est clairement orienté dancefloor et l’on retrouve les incontournables sonorités électro de FutureSex/Lovesounds .L’homme au costard impeccable s’amuserait-il à remodeler toutes les belles poupées qui tombent sous ses doigts experts ? Après Justin Timberlake, Duran Duran fait exploser Timbaland (ou l’inverse). Omniprésente, sa voix transporte l’album vers de hautes sphères pop (Skin Divers ou Nite Runner feat Justin Timberlake). Pourtant, Simon Le Bon chante bougrement bien. Mais ses intonations suaves n’y font rien, Timbaland hante cet opus et l’auditeur se délecte de ses interventions. Les meilleurs titres restent d’ailleurs ceux où il est le plus présent. Incroyablement dans son temps, peut être trop (l’avenir nous le dira), ce Red Carpet n’est pas le Massacre auquel on pouvait s’attendre. Etonnant, donc.

Noesis.

ELIOTT : Dans un monde ou dans l’autre.



N’est pas aussi sensible que le bon vieux dragon de Disney qui le veut.
Ici Eliott n’y va pas de main morte et grossit le trait. Dépressive à souhait, leur musique n’inspire qu’ennui et idées noires, comme une envie de jeter le CD par la fenêtre. Passer à autre chose.
Une voix qui insupporte en démonstration constante. Cela monte très haut, mais l’émotion ne suit pas. La faute à une section rythmique mille fois déjà entendue.
L’intro de L’indéfini sort toutefois du lot. Mais dès que le micro est branché, le chanteur retombe dans ses travers. Les murmures, les affections de la voix, ses inflexions criardes ne sont pas du meilleur effet.
Alors mince, il y a bien quelques mélodies sympathiques –Minuit-. Mais rien n’y fait. L’auditeur n’est pas emmené dans cet univers sombre à peine effleuré par un groupe qui semble encore chercher sa voie.
Tout reste très hermétique, comme si Eliott ne jouait que pour eux. Dans ce monde ou dans l’autre ? On préfèrera les croiser dans un autre. A n’en point douter.

Noesis.

EMPYR : The peaceful Riot



Pleymo n’est pas mort, Kyo respire encore.
Projet bancal pour certains. Condamné avant même d’avoir émis une seule note, le 1er Empyr contre attaque les médisants avec douze titres étincelants. Le single New Day risque de créer l’agitation. Aérien et obsédant, le morceau exhume le meilleur de Alphabet Prison (dernier Pleymo). Loin de n’être que simple copie, Empyr ose la mélodie qui fait mouche et la voix écorchée. Bert McCracken (The Used) trouve en Ben un concurrent sérieux dans l’expression des émotions. La montée en puissance de Forbidden Song ébranlera les plus endurcis. Toujours sur la corde raide, la tension est palpable sur tous les titres. Formule gagnante, même si elle repose sur une mécanique mille fois éprouvée. L’auditeur se laisse séduire, et le groupe pourrait bien devenir la nouvelle voix des âmes perdues (The Voice Of The Lost Souls).

Noesis.

L’ESPRIT DU CLAN



Une goutte de sueur perle encore sur le front, quand s’achève la dernière plage de ce monstrueux Corpus Delicti. L’esprit du clan signe là, le nouveau testament d’un metal français puissant qui marquera les esprits.
L’artwork violent et torturé secoue. Mais il n’est rien comparé aux onze plaies qui vont s’abattre sur l’auditeur. La section rythmique est de nouveau ultra puissante, et il faut avoir le cœur bien accroché pour ne pas défaillir. Le metal hardcore du groupe lorgne sans pudeur vers un trash complètement assumé aux soli ravageurs.
« Mesdames et messieurs », pose les fondements énervés d’une œuvre à la sincérité et aux émotions palpables.
Exaltation des sentiments aussi, où les douleurs et les espoirs sont en perpétuel conflit. L’album touche en plein cœur et la vitesse d’exécution couplée à une ahurissante technicité acquise ajoutent à la délectation.
« Délivrer un message de paix » sous une telle bastonnade auditive peut sembler antinomique. Finalement, le discours passe et l’on pourrait presque parler d’hymne à la vie.
Les voix déchirantes nous soutirent l’ivresse. Comme une envie de corps à corps brûlants dans des passages atmosphériques qui transcendent l’auditeur.
L’esprit du clan boucle avec ce CORPUS DELICTI un vibrant troisième chapitre de son histoire.

Noesis.